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MONACHISME ET GNOSE

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MONACHISME ET GNOSE
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  MONACHISME ET GNOSE PREMIERE PARTIE : Le cénobitisme pachômien et la BibliothèqueCopte de Nag Hammadi.  C'est à proximité du site des premières fondations pachômiennes quefurent découverts, vers la fin de 1945, dans un cimetière abandonné, prèsde Kasr es-Sayyad 1 , les manuscrits coptes, gnostiques pour la plupart 2 ,(que nous désignerons sous l'appellation de la Bibliothèque Copte deNag Hammadi[=BCNH]). Cette proximité, ainsi que les dates découvertessur les fragments de papyrus ayant servi à solidifier les couvertures decuir des codices   3 , semblaient confirmer que le déclin du gnosticisme enEgypte avait coïncidé avec l'essor du monachisme chrétien 4 . Se trouvaitalors posée la question des relations entre le gnosticisme et le mona-chisme chrétien, tout particulièrement le cénobitisme pachômien 5 . La question fut posée avec encore plus d'acuité lorsque John Barns crutpouvoir démontrer qu'au moins certains de ces codices  avaient été fabri-qués dans un monastère pachômien ou, en tout cas, par des moines pa-chômiens 6 .  1 - James M. Robinson a plus d'une fois traité de toutes les questions relatives à la date et à l'endroit de la dé-couverte des mss de Nag Hammadi. Son exposé le plus détaillé est sans doute "From the Cliff to Cairo. TheStory of the Discoverers and the Middlemen of the Nag Hammadi Codices", in Colloque international sur lestextes de Nag Hammadi(Québec, 22-25 août 1978), éd. Bernard Barc, ( Bibliothèque Copte de Nag Hammadi, section Etudes , 1), Québec , 1981, pp. 21-58.2 - Un bon nombre des textes de la Bibliothèque Copte de Nag Hammadi ne sont pas gnostiques. Voir la listequ'en donne G. Quispel, "The Gospel of Thomas Revisited", in Colloque international... Québec , 1981, pp.218-267.3 – Voir Nag Hammadi Codices. Greek and Coptic Papyri from the Cartonnage of the Covers , edited byJ.W.B.BARNS+, G.M. BROWNE and J.C.SHELTON. ( Nag Hammadi Studies, XVI ), Leiden, 1981; et JamesM. Robinson, "The Construction of the Nag Hammadi Codices", dans Essays on the Nag hammadi Texts. InHonour of Pahor Labib . (Nag Hammadi Studies- 6), pp. 170-190.4 - Voir F. Wisse, "Gnosticism and Early Monasticism in Egypt", dans B. Aland, ed.,Gnosis, Festschrift für Hans Jonas , Göttingen l978, p. 433. La coïncidence avait déjà été notée par J. Doresse, Les livres secretsdes gnostiques d'Egypte. Introduction aux écrits gnostiques coptes découverts à Khénoboskion , Paris 1958;pp. 135-138 et par R. McL Wilson, Gnosis and the New Testament , Oxford, p. 87.5 - On sait que selon le témoignage d'Epiphane, des sectes gnostiques étaient encore actives en Egypte aumilieu du IVe siècle. Voir Kurt Rudolph, Die Gnosis. Wesen und Geschichte einer spätantiken Religion , Göt-tingen, 1977, p. 23.6 - J. Barns, "Greek and Coptic Papyri from the Covers of the Nag Hammadi Codices" in Essays on the NagHammadi Texts. In Honour of Pahor Labib edited by Martin KRAUSE ( Nag Hammadi Studies , 6), Leiden,l975, pp. 9-18. Ses constatations avaient déjà été communiquées dès 1972 dans "The International Commit-   Même si l'on ne tarda pas à démontrer que Barns, dans sa précipitation,avait affirmé plus que les données paléographiques ne permettaient defaire 7 , le lien étroit entre la BCNH et le cénobitisme pachômien a généra-lement été pris pour acquis depuis lors 8 . Sur cette base, plusieurs hypo-thèses furent émises au sujet des raisons qui auraient poussé ces moi-nes à rassembler d'abord tous ces documents, et ensuite à les faire dis-paraître. Il semble que le temps soit venu de faire un bilan de ces diverses théo-ries, d'évaluer les données sur lesquelles elles se fondent et les argu-ments qui les appuient, et aussi d'inventorier les diverses voies dans les-quelles la recherche scientifique en ce domaine devrait encore investir. Trois séries de questions doivent être nettement distinguées, requérantchacune l'élaboration d'une bonne méthodologie 9  . - La première série, qui fera l'objet de ce premier article, concerne lescontacts historiques qui ont pu exister entre les moines pachômiens et laBCNH, c'est-à-dire la série de manuscrits découverts vers la fin de 1945près de Nag Hammadi. - Une deuxième série de questions se rapporte aux contacts littérairesdémontrés ou probables entre des textes connus par la BCNH et la litté-rature monastique primitive. - Enfin, le monachisme égyptien ne pouvant se réduire au cénobitismepachômien d'une part, et ne pouvant d'autre part être séparé du phéno-mène monastique universel, on ne peut faire l'économie d'une dernièresérie de questions beaucoup plus complexes et plus importantes, maissur lesquelles peu de recherches ont été faites en profondeur jusqu'àmaintenant. Il s'agit des questions concernant les points de contacts decaractère historique et doctrinal entre ces deux archétypes universels quesont la gnose et le monachisme. Ces deux dernières séries de questions seront traitées dans undeuxième article.  tee for the Nag Hammadi Codices: A Progress Report", New Testament Studies18 (1972), p. 240 et The Fac-simile Edition of the Nag Hammadi Codices: Codex vii , Leyden, 1972, p. ix (dans l'Introduction de J. M.Robinson).7 - Voir les commentaires de E.G. Turner, en appendice à l'article posthume de J. Barns, "Greek and CopticPapyri from the Covers of the Nag Hammadi Codices", pp. 17-18; et J. C. Shelton, dans l'Introduction à NagHammadi codices. Greek and Coptic Papyri from the Cartonnage of the Covers , pp. 1-11.8 - Säve-Soederbergh, dans "The Pagan Elements in Early Christianity and Gnosticism", in Colloque interna-tional... Québec , 71-85, p. 74, parle de "the established connection between the library and the Pachomians";et tout récemment encore, R. van den Broek, dans "The Present State of Gnostic Studies", Vigiliae Christi-anae 37 (1983), p. 47, affirmait:"The books were bound in a Pachomian monastery in the middle of the fourthcentury".9 - La seule étude d'ensemble sur la question est celle de G.G. Stroumsa, "Ascèse et gnose. Aux srcines dela spiritualité monastique", Revue Thomiste 89 (1981), pp. 557-573. A. Guillaumont a aussi donné de bonnesorientations méthodologiques dans "Gnose et Monachisme", dans: Gnosticisme et monde hellénistique(=Lesobjectifs du colloque de Louvain-la-Neuve [11-14 mars 1980] -- travaux préparatoires),Louvain 1980,pp.97-100 (trad. angl., pp. 101-104).  I: La BCNH et le cénobitisme pachômien.  Avant de passer en revue les diverses hypothèses concernant les rela-tions possibles entre le monachisme de Pachôme et les documents deNag Hammadi, il me semble important de brosser à grands traits l'histoirede l'srcine et des premiers développements du cénobitisme pachô-mien 10 ... Les débuts du cénobitisme pachômien   Pachôme, né en Haute Egypte dans le diocèse de Snê 11  (un peu plusau sud que Shenesêt, qui se trouve dans le diocèse de Diospolis parva)en 292, et converti au christianisme en 312-313, s'établit dix ans plus tardà Tabennèse pour y vivre la vie monastique. Avant sa venue à cet en-droit, il s'était formé durant sept ans à la vie ascétique sous la direction duvieillard Palamon, près de Shenesêt, où il avait d'abord vécu trois ansaprès y avoir reçu le baptême 12 . C'est en 324 que Pachôme commença à recevoir des disciples ; et leur nombre s'accrut si rapidement qu'il dut faire une fondation à Phbôou dès329. Ainsi commença une longue série de fondations. Certaines furent,comme dans le cas de Phbôou, un simple essaimage à partir d'un mo-nastère trop peuplé ; mais en certains cas, par exemple à Shmin, ellesrépondaient à la demande d'évêques qui désiraient avoir des monastèresdans leurs diocèses. En d'autres cas, comme dans celui de Thmoushonset de Thbêou, ce furent des communautés existantes qui demandèrent àentrer dans la Congrégation (ou Koinonia  ) pachômienne et à vivre selonses règles sous l'autorité de Pachôme 13 . Les fondations se répartissent en deux groupes, géographiquement etprobablement aussi chronologiquement, bien que les données chronolo-  10 - Pour un accès facile à toutes les sources pachômiennes, je me permets de renvoyer à ma traductionanglaise de l'ensemble du dossier: Pachomian Koinonia. The Lives, Rules and other Writings of Saint Pacho-mius and his Disciples , 3 vol. ( Cistercian Studies Series , 45-46-47), Kalamazoo, 1980-81-82. On trou-vera dans l'introduction à chacun des volumes tous les renseignements techniques concernant chaque docu-ment, et la mention des diverses éditions existantes. J'avais déjà présenté l'ensemble du dossier pachômiendans La liturgie dans le cénobitisme pachômien au quatrième siècle( Studia Anselmiana , 57), Rome, 1968,pp. 1-158. Le premier volume de ma traduction française de toutes les sources pachômiennes paraîtra en1983 dans la collection Spiritualité orientale de l'Abbaye de Bellefontaine (France). J'utiliserai ici les siglesdésormais communément admis: Bo = la Vie bohairique de saint Pachôme; S 1 , S 2 , etc. = la première Vie sa-hidique, la deuxième Vie sahidique, etc.; SBo = la Vie copte standard que nous connaissons par divers frag-ments sahidiques (S 4 . S 5 , etc), par la traduction bohairique (Bo) et par la traduction arabe du Vatican (Av); G 1 ,G 2 , etc = la première Vie grecque, la deuxième Vie grecque, etc.; Paral. = les Paralipomena ; EpAm = la Lettrede l'évêque Ammon.11 - SBo 3; et non pas à Shenesêt, comme l'affirme T. Säve-Soederbergh, dans "Holy Scriptures or ApostolicDocumentations?", The Sitz im Leben of the Nag Hammadi Library", dans J.E. Ménard, éd. Les Textes deNag-Hammadi(=Nag Hammadi Studies - 7), Leyde, l975, p.612 - S 1  1-9; SBo 3-22; G 1  3-23.13 - SBo 23-58; G 1  24-54 et 80-83.  giques des Vies ne soient pas absolument concordantes 14 . Les quatrepremières fondations, faites en 329 et dans les années qui suivirent, fu-rent très rapprochées les unes des autres dans le temps et dans l'espace,et Pachôme semble avoir, dans les débuts, conservé sur l'ensemble uneautorité immédiate. Ce sont -- après Tabennèse et Phbôou -- Shenesêt,situé un peu à l'ouest de Phbôou, et Thmoushons, un peu plus loin, del'autre côté du Nil, mais toujours dans le même diocèse. Avec Thbêoucommence une deuxième série de fondations qui furent probablementréalisées vers la fin de la vie de Pachôme, entre 340 et 345. Ce furentd'abord trois monastères rapprochés les uns des autres, dans la régionde Shmin, et un quatrième et dernier, dans une tout autre direction, assezloin au sud du premier groupe, à Phnoum. Assez tôt Pachôme confia àPétronios, qui avait fondé et dirigé le monastère de Thbêou avant quecelui-ci ne soit intégré dans la Koinonia  pachômienne, une responsabilitégénérale sur tous les monastères de la région de Shmin 15 . Pétronios succéda à Pachôme à la tête de la Koinonia  en 346, maispour quelques mois seulement. Il fut remplacé par Horsièse qui, à la suited'une grave crise d'autorité, dut, cinq ans plus tard, remettre le gouver-nement à Théodore, qui l'exerça jusqu'à sa mort en 368. Horsièse repritalors la direction de la Koinonia  jusqu'à son décès, vers 380 16 . Si je mentionne cette crise, c'est pour souligner que, selon tout ce qu'af-firment très clairement les sources, elle fut une crise d'autorité et non,comme on l'a parfois affirmé, une crise d'orthodoxie 17 .Les "anciens" ( oi    archaioi   ) de la communauté en furent les auteurs. Quiétaient ces anciens ? L'étude des divers contextes dans lesquels cetteexpression est utilisée révèle qu'il s'agit bien des "anciens" au sens obviedu mot, c'est-à-dire les premiers - venus dans la Koinonia . Rien ne per-met de les assimiler à un groupe de "parfaits" au sein de la communau-té 18 . Au contraire, les Vies semblent se plaire à montrer qu'ils étaient loind'être parfaits ! Ils ont un penchant au murmure et ils n'aiment guère êtreinstruits ou conduits par plus jeune qu'eux 19 .  14 - Voir D.J. Chitty, "A Note on the Chronology of Pachomian Foundations", Studia Patristica Vol. II ( Texteund Untersuchungen , 64), Berlin, 1957, pp. 379-385.15 - SBo 56-57; G 1  80.16 - SBo 123-fin; G 1  116-fin.17 - Cette crise a été longuement étudiée, quoique du point de vue de la conception de la pauvreté, par B.Büchler, Die Armut der Armen. Ueber den ursprünglichen Sinn der mönchischen Armut , Kösel, Munich 1980.18 - Comme le fait J. Dechow dans "The Nag Hammadi Milieu: An Assessment in the Light of the OrigenistControversies". AAR Western Region, Annual Meeting, Stanford Univ. 26 March l982, pp.13-14.19 - Voir, p. e., SBo 69 et G 1  77 (cf. Paral. l) ; SBo 92 et G 1  100.   L'expression semble avoir acquis un caractère technique et désigner ungroupe clairement identifiable dans la Koinonia . Ce sont probablement lespremiers disciples entrés à Tabennèse avant la fondation de Phbôou etl'essor rapide qui s'ensuivit. Ils semblent avoir eu de la difficulté às'adapter à ce développement, surtout lorsque la Koinonia  s'ouvrit à desmonastères de la région de Shmin, qui se distinguait évidemment des en-virons de Shenesêt par une mentalité différente, sans compter les diffé-rences dialectales. Quand Pachôme mit Pétronios à la tête des monastè-res de la région de Shmin, ce sont eux, les archaioi   qui vinrent trouver Théodore durant une maladie de Pachôme pour lui demander d'être leur père après la mort du fondateur  20 . Plusieurs de ces anciens moururentdurant la peste de 346, en même temps que Pachôme. Et c'est lorsque lereste d'entre eux furent décimés par la peste de 366 ou 367 que Théo-dore, isolé et déprimé, ramena près de lui Horsièse, qui avait été reléguéà Shenesêt depuis 350 21 . A la mort de Pachôme la Koinonia  comptait neuf monastères d'hommesen plus de deux monastères de femmes. Le nombre des moines pouvaitatteindre le chiffre de quelques milliers 22 . Mais il serait exagéré de direque les Pachômiens dominaient totalement le monde monastique de larégion. D'ailleurs l'essor du monachisme pachômien se ralentit précisé-ment à ce moment. Aucune fondation ne fut faite durant le premier supé-riorat d'Horsièse, de 346 à 350 et seulement deux fondations de moineset une de moniales durant les dix-huit ans du supériorat de Théodore, de350 à 368 23 . Nous connaissons moins bien la période qui suivit, maisnous n'avons aucun indice de fondations réalisées durant les quelquedouze ans du second supériorat d'Horsièse, mort vers 380. Au moment même où le développement du cénobitisme pachômienconnaissait un ralentissement considérable, après la mort du fondateur,le monachisme se développait rapidement ailleurs en Egypte. Amouns'était retiré à Nitrie en 325, et à la fin du siècle ses disciples y auront at-teint le chiffre de cinq mille moines. En 330 Macaire l'Egyptien s'était reti-ré à Scété, suivi de plusieurs disciples. Les Kellia furent fondés en 338 etPallade parlera de six cent moines à cet endroit en 390 24 .Même en Haute Egypte il n'y avait pas que des monastères pachômiens.Palamon, le maître de Pachôme, avait de nombreux disciples, et rien ne  20 - SBo 94 et G 1  106.21 - SBo 204 et G 1  145.22 - Jérôme, dans la Préface à sa traduction de la Règle de Pachôme parle de 50,000 moines. Il s'agitévidemment d'une exagération. Pallade, qui n'est pourtant pas porté à réduire les chiffres, parle dans sonHistoire Lausiaque de 1,300 moines (selon le chap. 32,8; ou de 1,400 selon le chap. 18,13) vivant à Phbôouen son temps, les autres monastères comptant entre 200 et 300 moines chacun.23 - SBo 134.24 - Voir A. Guillaumont, "Histoire des moines aux Kellia", Orientalia Lovaniensia Periodica 8 (1977), 187-203;reproduit dans: Aux srcines du monachisme chrétien. Pour une phénoménologie du monachisme ,(=Spiritualité Orientale , 30), Bellefontaine l979, pp. 151-167.
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