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"Augusto-Agusta: l'Empire re-sémantisé dans 'La Divine Comédie'", in Autorités (Actes de la Journée d’études du 13 novembre 2012, CERCLI, Université de Saint-Étienne), Cahiers du CELEC en ligne

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La réflexion sur les institutions menée pendant la journée d’études à l’université de Saint-Etienne a donné l’occasion de chercher à clarifier le sens de l’apparition en plein ciel d’un hapax aussi marqué qu’Agusta dans l’avant-dernier chant du
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     Augusto -  Agusta :  l’Empire re-sémantisé dans  La    Divine Comédie   Cécile Le   Lay Université Jean Moulin/Lyon 3 UMR 5648-CIHAM Introduction Ma vieni omai con li occhi sì com’ io andrò parlando, e nota i gran patrici di questo imperio giustissimo e pio. Quei due che seggon là sù più felici per esser propinquissimi ad Agusta, son d’esta rosa quasi due radici ( Par  . XXXII, 115-120) 1   Juste avant de s’adresser directement à la Vierge Marie pour que Dante puisse enfin d’accéder à la vision de Dieu, Bernard invite son protégé à parcourir une dernière fois du regard les plus hauts gradins de la Rose des élus. Sans que rien n’ait pu le laisser prévoir, c’est à ce moment-là que plusieurs termes spécifiques de la Rome impériale font leur apparition, sous forme de latinismes (avec réduction de la diphtongue pour  Agusta ) qui ne figurent nulle part ailleurs dans le poème sacré (ce sont tous des hapax ), comme si l’auteur voulait marquer cet instant solennel par une ultime évocation de l’institution politique pour laquelle il s’était tant battu, aucune autre n’étant capable à ses yeux de garantir aux hommes leur félicité sur terre 2 . « Agusta » indique Marie qui domine ce nouvel empire (« imperio ») en impératrice, et «   gran patrici » ceux qui ont l’honneur de l’entourer comme de nobles patriciens ; les deux plus proches d’elle (« propinquissimi ») manifestent une joie supérieure à celle des autres. Bernard précise qu’il s’agit d’Adam à sa gauche (père de tous les hommes et premier de tous les croyants au Christ à venir), et de Pierre à sa droite (père de l’Église et chef des croyants au Christ venu sur terre) 3 . Étant considérés comme les deux racines de la Rose des élus (v. 120), ces deux patriciens se présentent ici comme les deux plus nobles représentants de l’empire céleste (après l’empereur et l’impératrice) : non par l’ancienneté de leur lignage comme dans la Rome antique (l’un n’ayant pas d’ancêtre et l’autre étant simple pécheur), ni par la 1  « Mais suis désormais des yeux ce que je vais / te dire, et note à leur rang les patriciens / de cet empire très-juste et pieux. // Ces deux qui là-haut siègent, plus comblés / d’être les plus proches de l’auguste Reine, / sont de cette rose presque deux racines » ; le texte de  La Divina Commedia  correspond à l’édition établie par Giorgio Petrocchi ( Commedia secondo l’antica vulgata , Milan, Mondadori, 1966-67). Nous signalons, sans pour autant l’accepter, la forme latinisée  Augusta  (à la place de  Agusta ) proposée par l’édition de Federico Sanguineti (  Dantis Alagherii Comedia , Florence, SISMEL Ed. del Galluzzo, 2001, p. 556) ; pour la traduction française, nous prenons celle de Jean-Charles Vegliante (D ANTE A LIGHIERI ,  La Comédie , Paris, Imprimerie Nationale Éditions, Enfer   1995 ; Purgatoire  1999 ; Paradis  2007). 2  Voir Convivio  IV IV et  Monarchia  I V. 3   Par  . XXXII, 121-126.   perfection absolue de leur vie comme pour la sagesse antique (l’un a commis le péché srcinel et l’autre a renié trois fois son Seigneur), mais par la grâce d’une élection divine qu’ils ont pleinement accueillie. Ce passage est souvent resté dans l’ombre de la prière finale et peu d’études ont relevé son importance. Dans le cadre d’un ensemble de contributions sur le thème des institutions revendiquées ou dénigrées, il fallait bien sûr éviter l’écueil d’un sujet trop général et déjà amplement traité comme peut l’être celui de la conception que Dante avait de l’Empire. En effet, la pensée politique de l’auteur de la  Monarchia 4  a intéressé nombre de chercheurs au cours des siècles, souvent d’ailleurs pour trouver en lui le précurseur d’une pensée qui allait éclater au grand jour à la Renaissance. Par exemple, selon certains, sa lutte contre le courant théocratique de son époque 5  aurait anticipé les revendications de la Réforme, et la mise à l’index en 1559 6  de l’opuscule (imprimé en milieu protestant) en serait la preuve. L’étude la plus complète et novatrice sur ce sujet a été publiée en 2004 par Umberto Carpi 7 . Avant cette date, une référence importante était constituée par la mise au point que Pier Giorgio Ricci avait établie pour l’article « Impero » de l’ Enciclopedia dantesca   8 , où il mettait en évidence les différentes interprétations contradictoires auxquelles la pensée politique de Dante fut sujette au fil du temps, tout en cherchant à la resituer dans son contexte historique. Ce critique en concluait que la conception dantesque de l’Empire n’avait rien d’une utopie, mais qu’au contraire, il faudrait parler, dans son cas, d’un « réalisme conservateur » 9 . Selon un point de vue opposé, dans son introduction à la traduction française de la  Monarchia   10 , Claude Lefort reprenait à son compte la célèbre analyse d’Ernst Kantorowicz 11  pour qui « le dualisme de Dante est radical » : Justement frappé par l’extraodinaire audace avec laquelle il forge l’idée d’une béatitude en cette vie et d’un paradis terrestre, et de même l’idée que l’homme entre en possession de son humanitas  par le seul exercice des vertus intellectuelles et morales, Kantorowicz voit dans 4  L’édition de référence actuelle est celle de Prue Shaw, Dante A LIGHIERI ,  Monarchia , Firenze, Le Lettere, 2009. 5  La  Monarchia  a été brûlée en 1329 en place publique, pour hérésie, sur l’ordre du cardinal français Bertrand du Pouget, légat pour la Lombardie, la Romagne et la Toscane, du pape Jean XXII (son oncle, le deuxième pape d’Avignon), à une période où la lutte entre guelfes et gibelins, en Italie, a de nouveau dégénéré. Le roi de Naples, Robert d’Anjou, avait en effet été nommé vicaire par ce même pape en 1314, mais l’empereur Louis IV de Bavière, après avoir écarté son rival Frédéric le Bel, en 1322, est descendu avec son armée pour faire valoir ses droits (à cette date, Dante était déjà mort). 6  Il en sera retiré en 1881 par le pape Léon XIII. 7  C ARPI  U.,  La nobiltà di Dante , Polistampa, Florence, 2004, 2 to., 846 p. 8  R ICCI  P. G., « Impero », in Enciclopedia dantesca , Rome, Istituto della enciclopedia italiana, 1971, p. 383-393 ; ce même auteur avait établi une édition critique pour la  Monarchia  (Milan, Mondadori, 1965). 9    Ibid  ., p. 392. 10  L EFORT  C.,  La modernité de Dante , in D ANTE ,  La Monarchie , Paris, Belin, 1993, p. 5-75. 11  K ANTOROWICZ  E., The King’s Two Bodies , Princeton University Press, 1957 ; traduction française : I D .,  Les deux corps du roi :   essai sur la théologie politique au Moyen Âge , Paris, Gallimard, 1989, 638 p.    l’ouvrage de Dante la tentative de « construire un secteur entier du monde qui est indépendant, non seulement du pape mais aussi de l’Église, et même virtuellement de la religion chrétienne 12 . Ainsi, contrairement aux défenseurs du thomisme de Dante 13 , ou même à un Étienne Gilson, qui considérait que le pouvoir politique se présente chez l’auteur de la  Monarchia  comme une troisième autorité chargée de faire respecter à la fois la vérité des philosophes et celle des théologiens 14 , Claude Lefort n’hésitait pas à souligner l’étonnante fécondité d’une pensée qui, à ses yeux, contenait déjà en elle les germes de la modernité. Alain de Libera avait une position plus nuancée mais qui laissait entendre elle aussi la possibilité d’un héritage que Dante aurait transmis aux générations futures 15 . La critique n’est pas non plus d’accord pour reconnaître qu’il existe une évolution certaine de la pensée politique de Dante entre le Convivio , la  Monarchia  et  La    Divina Commedia   16  : selon la place spécifique qu’il accorde ou non à la théologie, la philosophie change de fonction, mais en est-il de même pour la politique ? En s’appuyant sur une vaste documentation historique qui lui permet de retracer l’ensemble du parcours intellectuel et politique du poète, Umberto Carpi tranche désormais en faveur d’une  Monarchia  écrite 12  L EFORT  C., Op. cit. , p. 35 ; la citation est tirée de K ANTOROWICZ  E.,  Op. cit. , p. 457. 13  Comme Michele Barbi (« L’ideale politico-religioso di Dante », in Studi danteschi , XXIII (1938), p. 48 et suiv.) : selon cette ligne d’interprétation, il importe de reconnaître que, pour Thomas d’Aquin aussi, il existe une béatitude en cette vie (« beatitudo huius vitae ») pour laquelle le corps est nécessaire (« de necessitate requiritur corpus »), mais qu’il la considère imparfaite et uniquement un moyen d’atteindre la parfaite béatitude de la vie éternelle ( Summa theologica , I a  II ae , q. 4, art. 5). De la même façon, Dante affirme, dans le Convivio  (IV, XXII 18) : « E così appare che la nostra beatitudine (questa felicitade di cui si parla), prima trovare potemo quasi imperfetta ne la vita attiva, cioè ne le operazioni de le morali virtudi, e poi perfetta quasi ne le operazioni de le intellettuali. Le quali operazioni sono vie espedite e dirittissime a menare a la somma beatitudine, la quale qui non si puote avere [Et ainsi apparaît-il que notre béatitude (cette félicité dont on parle), en premier lieu nous la pouvons trouver en quelque sorte imparfaite dans la vie active, c’est-à-dire dans les opérations des vertus morales, et ensuite presque parfaite dans les opérations des vertus intellectuelles. Lesquelles deux opérations sont voies sans encombre et très droites pour mener à la suprême béatitude, laquelle ici-bas ne se peut avoir] » (D ANTE , Œuvres complètes , traduction et commentaires par André Pézard, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de  La Pléiade  », 5 1983 [1965], p. 513-514). Puis, à la fin de la  Monarchia  (III XVI [XV] 17), il rectifie l’apparente autonomie des deux pouvoirs spirituel et temporel : « Que quidem veritas ultime questionis non sic stricte recipienda est, ut romanus Princeps in aliquo romano Pontifici non subiaceat, cum mortalis ista felicitas quodammodo ad immortalem felicitatem ordinetur [Cette vérité de la dernière question ne doit pas être prise avec trop de rigueur, au point que le Prince romain ne soit soumis en rien au Pontife romain, alors que la félicité mortelle est en quelque mesure ordonnée à la félicité immortelle] » (D ANTE , Œuvres complètes …, cit., p. 739). Comme le fait remarquer Pier Giorgio Ricci, c’est bien le « quodammodo » qui a suscité le plus de questions chez les interprètes (R ICCI  P. G., « Impero », in Op. cit. , p.388). 14  « Rien de plus clair que la distinction de ces trois autorités : la philosophie, qui nous enseigne la vérité totale sur la fin naturelle de l’homme ; la théologie, qui nous conduit seule à notre fin surnaturelle ; le pouvoir politique enfin, qui, tenant en échec la cupidité humaine, contraint les hommes, par la force de la loi, au respect de la vérité naturelle des philosophes et de la vérité surnaturelle des théologiens » (G ILSON  É.,  Dante et la philosophie , Paris, Vrin, 1939, p. 195). 15  Alain De Libera affirme : « Distinction ne veut pas nécessairement dire opposition. Il va de soi que Dante n’entend pas dresser l’idéal de la noblesse terrestre contre celui de la vision béatifique, et que, pas plus qu’Albert [le Grand], il ne donne la béatitude  comme réalisée ou réalisable ici-bas » ; puis il renvoie à Convivio  IV, XXII, où la félicité sur terre est considérée comme une béatitude « presque parfaite » ; et en conclut : « Présente sans opposition chez Dante, la distinction entre  felicitas  et beatitudo  va, dans l’aristotélisme intégral, devenir le paradigme d’une distinction à la fois conceptuelle et existentielle entre la philosophie et la théologie » (  Albert le Grand et la philosophie , Paris, J. Vrin, 1990, Épilogue , p. 272). 16  Ricci le conteste fortement (« Impero », cit . , p. 393), tout en indiquant deux célèbres études sur ce sujet : E RCOLE  Francesco,  Le tre fasi del pensiero politico di Dante , in I D .,  Il pensiero politico di Dante , Milan, Alpes, vol. 1, 1927, p. 271-407 ; et N ARDI  Bruno, Tre pretese fasi del pensiero politico di Dante , in I D ., Saggi di filosofia dantesca , Milan, Società editrice Dante Alighieri, 1930 (nouvelle édition augmentée : Florence, La Nuova Italia, 1967, p. 307-345).    tardivement et qui constituerait le sommet de sa réflexion 17 . Nous n’entrerons pas non plus dans ce débat très complexe 18 , tout du moins pas directement. Notre objectif reste plus modeste : clarifier le sens de la résurgence en plein ciel d’un titre impérial aussi marqué qu’  Agusta , attribué précisément à la Mère de l’Église triomphante. Pour Michelangelo Picone (qui écrit avant que Carpi ne publie l’ensemble des résultats de ses recherches 19 ), c’est une métaphore qui ne peut être uniquement expliquée par la pensée politique de Dante car, à ses yeux, elle s’inspire surtout de deux expériences littéraires fondamentales pour le poète-exilé (celle de la Vita nova  et celle d’Ovide) : Non è stato rilevato con il dovuto vigore il fatto che Dante rappresenta l’Empireo non tanto come la vera Gerusalemme bensì come la Roma celeste : e questo ci confermano espressioni tipo « patrici », « imperio » (e empireo) o « Agusta » (riferito alla Vergine) ; a spiegare il ricorso ad una tale metafora non basta certo la teoria politica esposta nella  Monarchia  (come crede Russi, p. 1173-1174). Bisogna coinvolgere due esperienze letterarie : la prima è quella dantesca della Vita Nova  (dove il poeta-amante viene alla fine descritto come un “romeo” alla ricerca della sua Veronica), e la seconda è quella di Ovidio poeta dell’esilio, autore dei Tristia  (dove l’aspirazione fondamentale del poeta esule è proprio quella di tornare a Roma e di essere perdonato da Augusto) 20 . Il ne s’agira pourtant pas pour nous de développer ces références littéraires, ni d’analyser l’autorité de la Reine du ciel en tant que telle 21 , mais de chercher à reconstituer une vision d’ensemble, à rebours – comme Charles S. Singleton l’avait préconisé dans un article célèbre, « The vistas in retrospect   » 22  –, en décelant, au long du parcours, les indices précurseurs de cette corrélation finale entre la présence de Marie et celle de l’institution impériale, et en précisant à chaque fois leur signification. Quel rôle a-t-elle joué dans les scènes où son 17  F ENZI  Enrico, «  Recensione  di C ARPI  U.,  La nobiltà di Dante, cit .  », in  L’Alighieri , 25 (2005), p. 114. 18  Pour des mises au point très récentes, voir B ARTUSCHAT  Johannes, « Dante politico: elementi del pensiero politico dantesco tra Convivio ,  Monarchia e Commedia e la fondazione del pensiero politico moderno » (Congrès international, Ortodoxia y heterodoxia en Dante Alighieri : para una valoración histórica de los orígenes ideológicos de la modernidad  , Madrid, 5-7 novembre 2012), actes du colloque, à paraître) ; et l’article extrêmement riche et documenté : F ENZI  E., « Il volo dell’aquila. Una lettura di Paradiso  VI », Chroniques Italiennes , 24 (3/2012) : http://chroniquesitaliennes.univ-paris3.fr/PDF/Web24/1.E.Fenzi.pdf  (58 p.). 19  Il avait toutefois déjà publié un article important qui allait donner le titre à son ouvrage : C ARPI  U., « La nobiltà di Dante (a proposito di Par  . XVI) », in  Rivista di letteratura italiana , VIII (1990), p. 229-260. 20  « Il n’a pas été relevé avec la vigueur qui convient le fait que Dante représente l’Empyrée non pas comme la véritable Jérusalem mais comme la Rome céleste : ce que nous confirment des termes du type « patrici », « imperio » (et « empireo ») ou « Agusta » (référé à la Vierge) ; pour expliquer le recours à une telle métaphore, la théorie exposée dans la  Monarchie  n’est certes pas suffisante (comme le croit Russi, p. 1173-1174). Il faut impliquer deux expériences littéraires : la première est celle de Dante dans la Vie Nouvelle  (où le poète-amant est décrit à la fin comme un “romeo” à la recherche de sa Véronique), et la seconde est celle d’Ovide poète de l’exil, auteur des Tristia  (où l’aspiration fondamentale du poète exilé est précisément de rentrer à Rome et d’être pardonné par Auguste) » (P ICONE  M., « Canto XXXII », in  Lectura Dantis Turicensis , ed. G. Günter e M. Picone, Florence, Cesati, vol. 3, Paradiso , 2002, p. 500, n. 14). L’auteur se réfère à l’article d’Antonio Russi, « Il canto XXXII del Paradiso  », in  Lectura Dantis Scaligera , vol. 3 : Paradiso , Florence, Le Monnier, 1968, p. 1135-1190 ; puis à l’une de ses propres publications : I D ., « Dante, Ovidio e la poesia dell’esilio », in  Rassegna europea di letteratura italiana , 14 (1999), p. 7-23. 21  Ce fut l’objet d’une communication présentée à Saint-Étienne en 2011 : L E L AY  C., « Marie, Reine du ciel dans  La Divine Comédie  », in in P. Meunier (éd.),  Reines, princesses, favorites : quelle autorité déclinée au féminin ? , actes du séminaire, Saint-Etienne, Cahiers du Celec  n° 3 (novembre 2012), www.http//cahiersducelec.univ-st-etienne.fr   22  S INGLETON  Ch. S.,  Le visuali restrospettive  [ The Vistas in Retrospect  , 1965] in I D .,  La poesia della « Divina Commedia » , Bologne, Il Mulino, 1978, p. 463-494 (en particulier p. 470-471).   apparition semble liée à celle de l’Empire ? Ce lien sert-il uniquement à magnifier l’importance de l’une et de l’autre, ou bien à en modifier le sens et la portée ? La tradition liturgique pouvait considérer Marie comme une reine ou une impératrice depuis les premiers siècles du christianisme 23 , et Dante reprend le même terme  Augusto  pour désigner à la fois l’empereur Auguste (appelé « buon Augusto » par Virgile 24 ), et son successeur médiéval Frédéric II 25  (tandis que Henri VII sera appelé « alma […] agosta » par Béatrice 26 ). Dieu lui-même sera qualifié non seulement de « Sire », mais aussi d’« Imperador », dont l’empire s’étend sur l’univers entier mais qui règne en particulier sur le paradis (comme l’Empereur de l’époque ne règne à proprement parler que sur une partie de son empire terrestre) 27 , tandis que les saints sont d’abord appelé « conti », Pierre et Jacques des « baroni », avant de devenir « gran patrici ». Cette évolution-transposition lexicale entre la dévotion mariale, les cours féodales, l’empire et le royaume céleste tel qu’il est décrit au long du récit pourrait faire l’objet d’une étude spécifique pour déterminer l’influence du contexte liturgique, historique et littéraire sur les termes choisis par Dante. Nous avons préféré nous situer d’abord sur un plan structurel et porter notre attention sur les trois épisodes (ou séries d’épisodes) les plus significatifs qui mettent à la fois en présence la figure mariale et celle de l’Empire dans des fonctions complémentaires, avant l’étape finale. Le premier permet au protagoniste d’accéder sans encombre à la porte du purgatoire (probablement grâce à l’aide conjointe du symbole de l’Empire et de la Reine du ciel), les deux suivants concernent les exemples d’humilité et de sollicitude offerts sur la première et la quatrième corniche (Marie revêt alors une fonction morale comme la figure de l’empereur qui lui fait suite), et le dernier a lieu au ciel de Jupiter (où la présence de Marie pourrait être décelée dans l’une des phases d’apparition de l’aigle impériale). Sur les ailes d’un aigle . À la fin de la scène qui s’est déroulée dans la vallée des princes (Purg. VIII) 28 , durant laquelle sont intervenus deux anges issus du « grembo di Maria » avec une épée dont le 23  Voir B ARRE  Henri, « La royauté de Marie pendant les neuf premiers siècles », in  Recherches de Science Religieuse , XXIX (1939), p. 129-162 ; 303-334 ; complétée vingt ans plus tard : I D ., « La royauté de Marie au XII e  siècle en Occident » [avec dossier de textes], in  Maria et Ecclesia .  Acta congressus mariologici-mariani in civitate Lourdes anno 1958 celebrati , vol. V,  Mariae potestas regalis in ecclesiam , Rome, 1959, p. 93-119. 24    Inf  . I, 71. 25    Inf  . XIII, 68. 26   Par  . XXX, 136 ; Béatrice indique au protagoniste une place vide réservée à l’empereur dans la Rose des élus : Dante traduit ainsi son admiration et sa déception en un dernier hommage à celui qui est mort en 1313 avant d’avoir pu reconquérir ses droits et pacifier l’Italie. 27    Inf  . I, 124-128.
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