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Les peuples origiinaires dans l'histoire, la société et la culture de l'Argentine_(V)_De la fraternité des Lumières au mépris colonial_Le pays biculturel qui n'advint pas (2014)

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Le Royaume d'Espagne avait conféré le statut de sujet inaliénable de la Couronne aux indigènes, avec les titres de noblesse "correspondant" au rang de ses chefs. Le développement du capitalisme néo-colonial les traitera en
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  16   Bu  na Onda      Octobre 20  4 Bu  na Onda      Octobre 20  4 17   En tant que tel, l’éradication des peuples, des langues et des cultures srcinaires constitue bel et bien un acte (re)fondateur  . Il noie dans le sang et les larmes le processus complexe émaillé de con fl its, de négociations et d’accords qui présidait aux relations, toujours dans le respect mutuel, de recherche de compromis et d’ententes sur le partage de territoires entre natifs et nouveaux arrivants au comportement colonisateur-envahisseur depuis trois siècles. C’est désormais par le mépris 1  et la relégation que la « civilisation » traitera ceux qui furent les frères indiens, transformés en « sauvages » et quali fi és dé fi nitivement de « barbares ». « Cette guerre sans lauriers, contre un adversaire indigne et même nauséabond, n’exaltait pas. L’indien constituait sans conteste un cancer qui corrodait les entrailles du pays »  , assène le secrétaire personnel du général-Président Roca 2 . La dégradation de l’Autre est constitutive du mépris et le viol méthodique y est corrélatif : « arrivés au camp indien, les attaquants le trouvèrent désert. Peu à peu, sortant transies de leurs cachettes sous des bosquets recouverts de neige et de glace apparurent les familles terrorisées, sans leurs hommes. La plupart des soldats qui étaient en campagne sans femmes s’unirent  3  aux indiennes, ce qui était autorisé par le commandement en tant que moyen d’adoucir les rigueurs de la campagne et en particulier celles de la température glaciale  4  »  . Ces abus, au demeurant rapportés par l’auteur comme un simple avatar de campagne, contribueront encore à cet intense processus de métissage qui, au cours des siècles, aboutit à une présence de « l’indianité » bien plus prégnante qu’on ne l’imagine dans la population argentine - dans ses gènes -, laquelle en majorité ne s’en doute même pas ! Nous en reparlerons. Ce que nous aimerions illustrer ici pour nos lecteurs, c’est ce fait stupé fi ant, parce qu’il semble aujourd’hui très largement oublié ou alors occulté, qu’au cours des trois siècles précédant ce génocide, toutes les étapes de la gestation et de l’élaboration de ce qui constitue aujourd’hui ce pays, l’ont été sous l’égide d’un cadre socio- 1 “Le mépris, lorsqu’institutionnalisé et instrumentalisé à des fins politiques, est d’abord et avant tout une attitude relationnelle dont la fonction ultime est l’infériorisation d’autrui, la transformation de celui-ci en un Autre radicalement différent, expulsé de l’humanité normale. Le mépris offre la permission d’enfreindre à son endroit la règle d’or de l’éthique, à savoir que l’on ne fait pas à autrui ce que l’on ne voudrait pas qu’il nous fasse. Il pousse à cliver moralement l’altérité, à un point tel qu’au bout du processus, l’Autre n’apparaît mériter ni estime, ni respect, ni n’être digne de confiance, du moins tant qu’il n’est pas converti ou émancipé, transformation, pour ne pas dire renversement de soi qui, contrairement à l’adaptation, exige idéalement un abandon de l’ancienne vie, un abandon de liens anciens et ancrés, un abandon de l’identité ». ; Mathieu Gagnon, « De la négociation à l’imposition : le risque d’un retour en arrière, d’un retour au mépris », Éthique publique [En ligne], vol. 14, n° 1 | 2012, mis en ligne le 03 février 2013, consulté le 15 août 2014. URL :http://ethiquepublique.revues.org/979 ; DOI 2  Dionisio Schoo Lastra, El Indio del desierto, 1535-1879, Editorial y librería Goncourt, Buenos Aires 1977, p. 236 3  On notera la désinvolture de l’euphémisme 4  Dionisio Schoo Lastra, El Indio del desierto, id., p. 118:L'indianité sortant des tombes de l'histoire; Peinture murale de Andrès Zerneri A ct   u     ul  t   ur     &  H i   s t   oi  r    >   LES PEUPLES ORIGINAIRES DANS L’HISTOIRE, LA SOCIÉTÉ ET LA CULTURE DE L’ARGENTINE par Christian MOUNIR  Nous avons évoqué le mois dernier la campagne de massacre systématique des populations absrcènes menée par l’armée argentine sous le commandement du général Roca dans le cadre de la dite « conquête du désert » - dite, puisque ce prétendu désert était peuplé d’absrcènes. Ce génocide pour la conquête des terres indiennes a constitué un renversement complet de perspective – un changement radical de paradigme, une solution de continuité historique, une rupture de la logique et des pratiques constitutives de la construction de la nation argentine jusqu’alors. Cette nouvelle vision répétée, martelée pendant un siècle par le discours o ffi ciel dans les livres, les programmes scolaires et les médias, a fi ni par entrer comme vérité révélée dans l’inconscient collectif argentin en tant que conception d’une Argentine sans   peuples srcinaires. Noble cacique et sa famille par le Jésuite Florian Paucke L’ARGENTINE QUI AURAIT PU ÊTRE, OU LE PAYS QUI N’ADVINT PAS (1ère partie) Identités ethnoculturelles de l’Argentine #5 Lorsque nous autres, Argentins, nous demandons qui nous sommes, bien souvent nous oublions une part de notre histoire. Nous avons toujours présente à l’esprit la grande immigration des dernières décades du XIXe siècle et du début du XXe, cette alluvion d’européens dont descend une bonne part de la population actuelle du pays. Mais nous avons coutume d’oublier nos racines hispano-indigènes d’avant l’arrivée de ces immigrants, et tout spécialement les indiens qui peuplaient cette terre depuis des millénaires. Carlos Martinez Sarazola  Nous devons mettre l’histoire de notre identité en accord avec nos ancêtres : l’ancêtre indigène, l’ancêtre noir, l’espagnol et l’immigrant arabe, polonais, italien, ainsi que toutes les autres immigrations. Hugo Chumbita   18   Bu  na Onda      Octobre 20  4 Bu  na Onda      Octobre 20  4 19   monde et qui à l’occasion de la découverte de la pampa fut celui qui nomma ses habitants les Patagons, le montre sans ambiguïté. Accueillis aimablement par un groupe d’absrcènes curieux, les marins entraînent des hommes à bord de leur nef et au cours d’une mise en scène d’o ff rande de bracelets et colliers, leur mettent les fers aux pieds ! Retournés à terre a fi n d’emmener de force des femmes, les indiens résistent, on se bat, il y a des morts des deux côtés 8  .En revanche, autant les récits de voyageurs partis en toute simplicité à la découverte de la pampa que les témoignages sur la vie cosmopolite en parfaite « convivance » de blancs, métis et absrcènes à la « frontière » et au sein des terres indiennes, démontre à l’envi que l’idée d’une « dangerosité » et d’une hostilité « intrinsèque » des peuples srcinaires à l’encontre « d’étrangers » sur leurs terres est infondée, inexacte et au mieux propagandiste a fi n de justi fi er l’injustice, la violence et les atrocités qu’on leur a fait subir. Elle est de plus et surtout fondamentalement   étrangère à leur cosmovision. Selon celle-ci, la terre nourricière  est un bien sacré donné en partage et à la sauvegarde de tous les hommes qui la foulent. Cette vision du monde se répète inlassablement à travers les Amériques des traditions, récits, témoignages et écrits au sujet de la pensée absrcène et constitue un des socles culturels uni fi cateurs de tous les peuples aborigènes qui l’habitent. Or c’est là, dans ce rapport à la terre et à l’environnement naturel, qu’intervient précisément un point de divergence, de rupture et de con fl it majeur entre les deux civilisations, l’européenne et celle des peuples absrcènes auxquels est reprochée « l’absence de sens de la propriété avec ses conséquences logiques comme l’absence de stimulation à s’imposer la loi du travail (entendez, de l’exploitation intensive de la terre  et qui serait)  cause principale de l’extinction de la race  9  ». Et c’est à cette articulation de deux mondes qu’il faut situer le nœud de l’échec de la formation d’une nation commune et partagée. C’est ainsi que ce pays mythique imaginé par ses pères fondateurs de la génération libératrice n’advint jamais, en dépit de quelques expériences exemplaires de partage et de vie commune. Nous en avons relaté une dans un précédent numéro de ce bulletin au sujet du contexte de biculturalisme dans le Chubut où s’installèrent grâce à l’aide des indigènes des immigrés gallois. Nous traiterons dans le prochain numéro d’une expérience remarquable et exceptionnelle à tous égards, tant conceptuelle, philosophique et pratique que par son ampleur dans le temps et l’espace, celle des « réductions jésuito-guaranies » dans la forêt tropicale d'Argentine, du Paraguay et du Brésil. Elles ont laissé à San Ignacio Mini de Misiones un très riche et magni fi que témoignage archéologique inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1983, dont la visite est à la fois instructive et émouvante. 8  Antonio Pigafetta, Premier voyage autour du monde par Magellan, Union générale d’éditions, coll. 10/18, Paris 1964, pp 100 sq. 9 Dionisio Schoo Lastra, op. cit., p.47 Presence des peuples srcinaires politique conçu comme une Argentine avec   les peuples srcinaires 5  . Il convient d’abord d’avoir bien présent à l’esprit qu’à aucun moment l’entreprise américaine des rois d’Espagne n’a impliqué l’éradication des populations indigènes, au contraire  dotées du statut de vassaux libres de la couronne, supplémenté, à la suite de la dénonciation par Bartholomé de las Casas des exactions commises par les conquistadores, d’une législation spéciale de protection des populations autochtones 6  . On peut donc a ffi rmer que le projet de société des Indes hispaniques s’entendait bien avec   les peuples srcinaires, intégrés à l’ordre social  jusqu’à leur conférer les distinctions de classe en vigueur, les caciques béné fi ciant du statut nobiliaire. C’est cette même conception et ce même projet dont héritent tout naturellement les conjurés et les leaders de l’indépendance, ce que nous avons déjà évoqué dans un précédent article, au sujet des collaborations indiennes aux luttes contre les anglais et contre les espagnols et la présence au Cabildo de caciques quali fi és de nos frères   indiens, signataires des actes de 1810. San Martin par exemple, sollicitant en 1816 l’aide indispensable des absrcènes pehuelches en raison de leur connaissance du terrain lors de sa préparation du franchissement de la cordillère des Andes, s’assied spontanément au sol avec les caciques, les appelle mes frères et commence sa requête par « moi aussi, je suis indien ». Relevons encore ce fait symbolique, mais combien signi fi catif de l’état d’esprit de l’époque intégrant la présence absrcène à part entière comme constitutive de la Nation : l’Acte d’Indépendance proclamé par le Congrès de Tucuman en juillet 1816 fut traduit en quatre langues dont trois absrcènes, le quichua, le guarani et l’aimara 7  , et publié dans trois d’entre-elles. En ce qui concerne l’attitude des peuples srcinaires, l’idée qu’ils aient été intrinsèquement hostiles aux « blancs » et à leur installation sur le sol américain est parfaitement convenue et inexacte, et relève du procès d’intention en diabolisation qui participe de leur dénigrement. Quant à invoquer à l’appui de la thèse du « cancer indien » qu’il faudrait éradiquer, la farouche résistance que beaucoup opposèrent aux abus et exactions des colonisateurs européens, cela revient tout simplement à blâmer les victimes ! La logique et le mécanisme de l’infâme rapport à l’Autre  , caractéristique des pratiques de la Découverte et de la colonisation du monde par la civilisation européenne, apparaît d’emblée dans les récits de navigateurs. Celui d’Antonio Pigafetta qui accompagna le périple de Magellan autour du 5  Carlos Martinez Zarasola, La argentina de los caciques, o el pais que no fue. Editorial Del nuevo Extremo, Buenos  Aires 2014, 430 p. 6 Derecho Indiano, Wikipedia, http://es.wikipedia.org/wiki/Derecho_indiano 7 Carlos Martinez Zarasola, Breve historia de los pueblos srcinarios en la Argentina. Del nuevo extremo editorial, Buenos Aires 2013, p. 112Femmes indigènes dénonçant les abus dont furent victimes leurs ancêtres
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