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La frontière et les limites de l'Empire romain tardif

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La frontière et les limites de l'Empire romain tardif
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  48La frontière et les limites de l’Empire romain tardif En mots et en images, à travers la Notitia Dignitatum (ca.   400-430)  Jean-Luc Boudartchouk  Inrap, Umr  «   Travaux et recherches archéologiques sur les cultures, les eaces et les sociétés   » 1. Frontispice de l’édition de 1602 de la Notitia Dignitatum. Coll. part. 1        D      O      S      S      I      E      R         4        9    A   R   C   H    É   O   P   A   G   E   S   2   1   A   V   R   I   L   2   0   0   8 Le document diaru qu’il est convenu d’appeler, depuis le  siècle, par le titre fa󰀀ice de  Notitia  Dignitatum omnium tam civilium quam militarium in partibus Orientis et Occidentis  (=Notice des Dignités,  ND ) constitue une source informative exceptionnelle et unique pour la fin de l’Antiquité. L’essentiel de son contenu nous est miraculeusement parvenu, transmis par un unique manuscrit médiéval aujourd’hui détruit (sans doute au début du ), une compilation de textes divers que l’on nomme codex Spirensis (= C. Sp. ). Cette compilation, non datée avec précision, incluait soit une copie d’époque carolingienne effe󰀀uée sur le document srcinal du  siècle, soit l’apographe médiéval d’une première copie carolingienne, elle-même perdue. ¹  Du codex Spirensis  diaru ne   subsistent à l’heure a󰀀uelle que certaines des copies, plus ou moins fidèles, dire󰀀es ou indire󰀀es, qui en furent effe󰀀uées au  et au  siècles. Nous en retiendrons ici quelques manuscrits et éditions anciennes.Le manuscrit de Munich (Clm , Staatsbibliothek) a été copié dire󰀀ement sur le codex Spirensis , à deux reprises   : en - (une copie intégrale, mais avec des illustrations réalisées dans le goût de l’époque), puis en - (seulement pour les vignettes, cette fois reproduites avec soin d’après l’srcinal). C’est le seul manuscrit qui offre une copie fidèle des illustrations diarues du codex Spirensis   ; il est donc infiniment précieux pour les archéologues. Le manuscrit d’Oxford (Oxoniensis Canonicianus Misc.  [Bibl. Bodl. ], Bodleian Library) a semble-t-il été copié à partir du codex Spirensis , en . Les illustrations ne sont que partiellement fidèles à celles de C. Sp.   ; en particulier, l’allure des constru󰀀ions a été considérablement modifiée pour leur donner un ae󰀀 contemporain.Le manuscrit de Paris (ms. lat.  de la BnF), sans doute élaboré entre  et , est très proche du manuscrit d’Oxford. Mais les illustrations du ms. de Paris sont supérieures à celles du ms. d’Oxford sur le plan esthétique   ; elles traduisent en outre, le plus souvent, une fidélité accrue au regard de l’srcinal.L’édition de Froben, parfois attribuée à Sigismundus Gelenius, (Bâle, ) est la première édition imprimée intégrale du document. On ignore quasiment tout de certains des manuscrits utilisés alors   ; un ou plusieurs pourraient avoir diaru depuis, ce qui confère au document un intérêt particulier. L’ouvrage est illustré de gravures sur bois de «   style Renaissance   ». L’édition commentée de Guidus Pancirolus (Venise,  pour la seconde édition), plus élaborée que celle de Froben, est agrémentée de superbes gravures sur bois, elles aussi de «   style Renaissance   » et dérivées de l’édition de . Il est possible que l’éditeur, un grand érudit, ait utilisé des documents qui nous sont inconnus. [ill.1] Ces copies successives ont transmis un texte parfois lacunaire ou corrompu, ainsi que des images réinterprétées (dans le sens d’une «   mise au goût du jour   »), d’abord à l’époque carolingienne ou post-carolingienne, puis à la fin du Moyen Âge et au début de l’époque moderne. Les nombreuses et méticuleuses études menées depuis le  siècle ont néanmoins permis de restituer l’essentiel du document srcinel, dont la richesse et la complexité nourrissent la réflexion des historiens et des archéologues. ²  On pourrait qualifier la  Notitia Dignitatum  d’«   almanach illustré   » de l’administration impériale, civile et surtout militaire, réalisé et mis à jour en différentes étapes durant le règne d’Honorius (-),  voire légèrement au-delà. L’organigramme de l’administration militaire y est particulièrement détaillé, laissant apparaître le système de défense  jusque dans ses ae󰀀s territoriaux   : circonscriptions militaires, lieux de cantonnement de certaines troupes... C’est ainsi que l’on voit tranaraître, en mots et en images, frontières et limites, au moment où celles-ci vont souvent diaraître dans le naufrage politique et militaire de certaines parties de l’Empire. Les mots de la frontière et des limites  … Peut-être n’est-il pas inutile de rappeler la définition classique des mots «   frontière   » et «   limite(s)   », telles qu’elles furent données par Émile Littré et l’Académie française après la défaite de , soit en des temps diffi ciles sur le plan militaire… comme cela était le cas à l’aube du  siècle.—  frontière   : «   Les limites, les confins d’un pays, d’un État, en tant qu’ils le séparent d’un autre pays, d’un autre État.  L’armée était sur la frontière.  Passer la frontière. La frontière est bien garnie, bien défendue. Reculer les frontières d’un État. Il est aussi un adje󰀀if et signifie, qui est limitrophe, qui est sur les limites d’un autre pays. Ville  frontière. Place frontière. Province frontière .   » ³  Autre définition   : «   . Limites qui séparent un État d’un autre État […]. . Adj. Qui est sur la frontière. Ville frontière […]. Ligne de frontière, ensemble des obstacles qui résultent de la configuration du sol et de la combinaison des places fortes et des ouvrages de fortification passagère   ». ⁴ — Limite [mot qui dérive du latin limes, limitis ]   : «   Borne, ce qui sert à séparer un territoire, un terrain, d’un territoire, d’un terrain contigu ou voisin.  Les Pyrénées sont la limite de la France du côté de l’Eagne, sont la limite qui sépare l’Eagne de la France.  Il s’emploie plus ordinairement au pluriel.  Les montagnes, les rivières, sont les limites naturelles des pays   ». ⁵  «   Ligne de démarcation entre des terrains ou territoires contigus ou voisins […]. Il se dit souvent au pluriel en ce sens   ». ⁶ . Il se pourrait que la transmission soit encore plus complexe et soit passée par l’intermédiaire d’une première copie effeuée, par exemple, dans l’Italie byzantine. Cette hypothèse permettrait, pensons-nous, d’expliquer des détails iconographiques ainsi que certaines diffi cultés du texte. . Nous remercions  vivement M. Ingo Maier qui nous a aimablement et généreusement fourni d’utiles précisions, issues de sa connaissance encyclopédique incomparable du document. .  Di󰀀ionnaire de l’Académie française,  septième édition, Paris, Firmin-Didot, , s.v. . Paul-Émile Littré,  Di󰀀ionnaire de la langue  française , Paris, , s.v.(cf. édition C. Blum,  s.v. pour «   ligne de frontière   »). .  Di󰀀ionnaire de l’Académie française,  septième édition, Paris, Firmin-Didot, , s.v. . Paul-Émile Littré,  Di󰀀ionnaire de la langue  Française , Paris, , s.v.          5        0 4. Les copies «modernisées» des vignettes de la ND présentent des vues fort différentes. Sur celle du Comes per Isauria du ms. de Paris (BnF, Paris, ms. lat. 9661), les édifices sont considérablement transformés   : certaines des tours sont devenues rondes   ; les forteresses hexagonales sont représentées comme de petites villes médiévales. L’enlumineur a également figuré une falaise, parallèle aux montagnes, entre la ligne de tours et les forteresses, ce qui renforce encore la vision d’une barrière naturelle dont les abords sont hérissés de fortifications, avec des tours en piémont et des villes fortes en plaine.2. La vignette du Comesper Isauriam (Bayerische Staatsbibliothek, Munich, Clm 10291, fol. 192r.).  Au premier plan figurent peut-être les cantonnements des deux légions sous les ordres du comte d’Isaurie. 3. Sur cette représentation du bouclier des felicestheodosiani Isauri(Édition de 1602 de la NotitiaDignitatum. ) figurent, au pied des montagnes, un taureau (Taurus) et au dessus des cîmes, l’aigle impérial. La ligne de crête des montagnes du Taurus est nettement visible; un couvert végétal est reconnaissable sur les sommets, comme dans certaines des copies de la ND relatives à l’Isaurie.5. Dans la seconde édition de Pancirolus, la vignette du Comes per Isauriam (édition 1602 de la ND, coll. part.) reprend l’image des tours, mais en leur donnant un aspect d’habitations plus que d’édifices à vocation militaire. Ces tours sont disposées au pied ou sur les premiers contreforts du Taurus et ce sont plutôt les monts, apparemment boisés, qui constituent une barrière linéaire. 253        D      O      S      S      I      E      R         5        1    A   R   C   H    É   O   P   A   G   E   S   2   1   A   V   R   I   L   2   0   0   8 …    Les mots les plus usuels pour exprimer «   frontière   » dans le sens de «   limite d’un pays   » sont  fines  ou termini , rarement claustra . ⁷  On peut y ajouter confinium . Le sens de «   frontières fortifiées   », exprimé par limites, limitum, (m. pl.) est rare mais attesté chez Tacite   : nouis limitibus permunire , fortifier solidement les frontières. ⁸ Dans la  Notitia Dignitatum,  les mots évoquant les frontières terrestres ou les régions frontalières sont limes, limitis  ( occurrences) et, dans une moindre mesure, tra󰀀us  ( occurrences). — Limes, limitis   : On ne s’étendra pas sur l’histoire du mot limes au sujet duquel on diose d’une abondante littérature. Durant l’Antiquité classique, ce mot avait notamment la signification de «   route militaire   », ou de «   limite, frontière   » (Tacite, Juvénal). À partir du  siècle, le sens se modifie pour signifier «   distri󰀀 de frontière   ». Dans certains cas, limes  renvoie à un distri󰀀 écifique où se déploie un système de défense particulier, basé sur un ensemble de fortifications ⁹  (Isaac,    ; Mayerson,    ; Le Bohec, ). C’est le sens qu’il convient de donner aux occurrences de la  ND . Celles-ci ont un cara󰀀ère très répétitif. Ce sont pour la plupart, en particulier en Afrique du Nord, des mentions du type  praepositus limitis X    : offi cier du distri󰀀 de frontière de X (généralement le territoire d’une cité, p. ex. le  praepositus limitis Montensis in castris  Leptitanis   : offi cier du distri󰀀 de frontière de Mons, [résidant] dans la forteresse de Leptis a󰀀. Lempta, Tunisie). Des offi ciers de haut rang, duces  et plus rarement comites  prennent en charge des provinces entières   ; on trouve ainsi un dux limitis Mauretaniae Caesariensis , duc du distri󰀀 de frontière de Mauritanie Césarienne et un comes limitis Aegyptii , comte du distri󰀀 de frontière d’Égypte. Tra󰀀us, tra󰀀us   : Le sens précis du mot polysémique tra󰀀us  est plus diffi cile à saisir, et délicat à établir dans le cas des occurrences de la  ND . En latin classique et postclassique, il est souvent employé pour signifier, de manière  vague, «   contrée, région, endroit, lieu   ». Ce mot a quelquefois des acceptions plus restreintes   : «   étendue déterminée, eace déterminé   », «   étendue en ligne droite   ». Mais parmi les sens concrets, certaines occurrences sont relatives à des zones montagneuses, ainsi immensis tra󰀀ibus Alpes , la chaîne immense des Alpes (Lucain)   ; totus ille tra󰀀us celeberrimus, . G. Edon,  Di󰀀ionnaire  français-latin ,  édition, Paris, éd. Librairie classique Eugène Belin, . . H. Goelzer,  Nouveau di󰀀ionnaire français-latin […]  ,  édition revue et corrigée, Paris, Librairie Garnier frères, . . Ce sens est bien attesté dans l’Empire byzantin au  siècle   : on cite le limes raeticus , que l’on peut rendre par «   la ligne de défense de la Rétie   » (Code  justinien, , , ). 4          5        2 6. Les deux longs murs parallèles munis chacun d’une tour figurés sur la vignette du Comes Italiae du ms. de Munich (Bayerische Staatsbibliothek, Munich, Clm 10291, fol. 214v.) ont  généralement été identifiés, depuis Albert Grenier, aux claustra ou clausurae/clusurae des Alpes. Ces ouvrages défensifs sont cités par plusieurs auteurs, depuis Ammien Marcellin -Claustra Alpium Iuliarum-  jusqu’à Cassiodore -Augustanae clusurae-. La représentation que donne la ND de ces dispositifs correspond effectivement à la structure des ouvrages reconnus par l’archéologie depuis le milieu du xx e  siècle : des barrières linéaires associées à des tours ou des fortins. 7. La vignette du ComesItaliae. (Édition de 1602 de la Notitia Dignitatum. Coll. part.) Dans cette édition de Pancirolus, derrière la ville, dans un paysage alpestre, à flanc de montagne, sont nichées deux petites agglomérations ramassées aux allures de forteresses, en lieu et place des courtines parallèles. 67 8. La vignette du Comes Italiae. (Bodleian Library, Oxford, Canonicianus Misc. 378). Dans ce manuscrit, la ville, caractéristique des représentations de la fin du Moyen Âge, est dotée d’un fossé. À l’arrière-plan se développent, sur un piémont rocheux, deux courtines parallèles munies de tours et appuyées au loin contre les pics alpins. Ces courtines paraissent encadrer un passage; l’une des tours, carrée, ne possède que trois murs construits et apparaît donc comme ouverte: est-ce la figuration d’un monument détruit ou au contraire inachevé? Ou bien un détail incompris du document srcinal, ou une fantaisie du copiste?
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