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Genre: ne renonçons pas à la théorie!

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Face à tous ceux, du pape jusqu'à Nicolas Sarkozy, qui dénoncent la dangerosité des études de genre, ne vaut-il pas mieux revendiquer le geste théorique au lieu d'éternellement s'en défendre ? Début octobre, Nicolas Sarkozy dénonçait les
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  Par Bruno Perreau , Professeur au MIT et chercheur associé àHarvard(http://www.liberation.fr/auteur/17074-bruno-perreau) — 20octobre 2016 à 18:21 Face à tous ceux, du pape jusqu’à NicolasSarkozy, qui dénoncent la dangerosité desétudes de genre, ne vaut-il pas mieuxrevendiquer le geste théoriqueau lieu d’éternellement s’en défendre ? Début octobre, Nicolas Sarkozy dénonçait les méfaits de lathéorie du genre, quelques jours après que le pape Françoisl’avait qualifiée de «colonisation idéologique».  Universitaires et journalistes durent rappeler que cette théorie n’existait pas.Mais, est-ce vraiment la meilleure stratégie ?En France, l’idée de théorie du genre résulte de deux peurs trèsanciennes qui lient l’Eglise et l’Etat. Au sein de l’Etat, on redoutele complot de minorités agissantes, élites internationalisées etpromptes à la trahison. Ce fut l’accusation de corruption sexuelle  autour d’Alfred Dreyfus, la féminisation de Léon Blum, l’idée decollaboration horizontale avec l’ennemi et, aujourd’hui, ladénonciation du lobby gay et du communautarisme. La peur dela théorie du genre se situe dans cette lignée : sur les campusaméricains, des universitaires, juives et lesbiennes, parmilesquelles Judith Butler, seraient en train de donner corps à leursfantasmes d’autodétermination. Or, la citoyenneté, ce n’est paschoisir. C’est accepter le destin que l’Etat assigne aux «enfants dela patrie».Du côté de l’Eglise, on redoute la destruction du dogme. Si Dieua fait l’homme à son image, démontrer que le sexe est rejouédans les interactions sociales revient à saper le mythe. Or, pourêtre vraisemblable, la procréation divinement assistée doit avoirl’apparence de la nature. Avec les familles homoparentales, lafiction n’est plus possible. Dieu a désormais des concurrents quine font plus semblant ! Avec l’idée de théorie du genre, le papeFrançois ne craint-il pas de se faire voler son pain quotidien ?Institution non mixte, l’Eglise catholique se veut gardienne de la bonne séparation des sexes en canalisant les troubles du genredans sa liturgie même. Débordée par les minorités sexuelles etconcurrencée par d’autres croyances, elle s’imagine colonisée etappelle à sauver les «enfants de Dieu».Si ces peurs résonnent si bien, c’est que l’Eglise et l’Etat ontl’anti-américanisme en commun, rejet d’une sociétésupposément individualiste où la religion serait un business etoù le culte de l’image servirait de socle moral à un politiquementcorrect d’apparat. Pourtant, ce sont bien des auteurs français,comme Simone de Beauvoir, Monique Wittig, Michel Foucaultou Jacques Derrida, qui peuplent les analyses critiques du genreaux Etats-Unis. Ne faut-il donc pas commencer par seréapproprier cet espace transatlantique ? Doit-on se défendre deproposer une théorie du genre ou plutôt en assumer l’augure ?  Les études sur le genre et les études de genre, ce n’est pas lamême chose ! Les premières analysent, depuis les travaux deJohn Money dans les années 50, les contours des catégories desexe et leurs effets psychologiques et sociaux. Ces études ontrécemment pris leur essor en France, en histoire, en sciencepolitique, en sociologie. Elles ajoutent à des disciplines déjàconstituées un nouveau critère d’analyse. Les études de genresont, quant à elles, beaucoup plus déstabilisatrices. Nées dutravail théorique des sujets minoritaires à l’articulation deschamps universitaire, militant et artistique, elles interrogent lanotion de genre elle-même. La théorie queer  , le matérialisme etl’écologie féministes en sont des branches très productives.Chacune questionne l’autorité du point de vue et propose uneéthique minoritaire dans le rapport au savoir.En réfutant l’idée de théorie du genre, n’accomplit-on pasexactement ce que les mouvements réactionnaires escomptent ?L’abandon du geste théorique qui avait permis dans le sillage deGloria Anzaldúa, de Nicole-Claude Mathieu, de Guy Hocquenghem, d’Eve Sedgwick et de bien d’autres, de déplacerles normes de genre : repenser la représentation, transformer lerapport entre corps et technologies ou bien encore imaginer denouvelles formes d’hospitalité et d’apprentissage. C’est eninvestissant ces questions qu’il est possible de résister auxréactionnaires de tous ordres. Ne renonçons pas trop vite à lathéorie du genre ! Auteur de : Queer Theory : The French Response,  Stanford University Press, 2016. Bruno Perreau Professeur au MIT et chercheur associé àHarvard(http://www.liberation.fr/auteur/17074-bruno-perreau)
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